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Rencontre Professionnelle 07 : Compte Rendu |
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Rencontre Professionnelle. A l’occasion du 7ème Tremplin de Suivez’le Jazz organisé à l’I.R.I.S de Francheville les 23 et 24 novembre 2007, une rencontre professionnelle s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités du monde du Jazz et des Musiques Improvisées ainsi que des représentants institutionnels. La Table Ronde a permis un débat de plus de trois heures à l’issue duquel les participants ont pu à la fois établir un « état des lieux » du jazz en région et faire émerger un certain nombre de besoins.
« Comment, en Rhône-Alpes, les lieux de formation, les structures de repérage, d’accompagnement et de diffusion, répondent-elles aux besoins des artistes ?
1. LA FORMATION
La Région Rhône-Alpes est la principale région de France pour ce qui concerne l’enseignement du jazz. L'E.N.M. de Villeurbanne fut une des premières écoles en France à créer un département « Jazz » dès les années 80, ouvrant ainsi la voie à une majorité de désormais CRR, CRD et CRC… Les structures associatives préexistantes perdurent et sont toujours bien vivantes comme Jazz Action Valence par exemple.
Ø Conséquences de cette institutionnalisation / reconnaissance du jazz.
· La plupart des lieux d’enseignement admettent que l’avènement du jazz au sein des conservatoires a apporté du sang neuf. · Il est apparu très vite comme un outil de diversification des publics. · Il a été et il est encore une porte grande ouverte par laquelle peuvent s’engouffrer de nouvelles esthétiques : musiques urbaines, musiques actuelles, et le processus ne fait que commencer. · Il a favorisé la mise en place de formations transversales, parce qu’il est un enseignement basé sur la pratique collective et l’improvisation. · Il a bousculé les habitudes en poussant la logique de travail jusqu’à la diffusion cf. Conservatoire d’Auxerre ou E.M.M A de Saint-Fons, membre à part entière du réseau Suivez’Le jazz- rapprochant ainsi artistes, élèves, scènes, publics… · Grâce à ces liens ancrés sur un territoire, les écoles de musique deviennent des lieux de repérage et de professionnalisation, même si 95% des élèves resteront des amateurs. · Les dispositifs d’aide et de subventions favorisent les projets de résidence. Accueillir des artistes reconnus, au sein d’un établissement d’enseignement a un effet initiatique incomparable : il n’y a plus d’obstacle entre l’élève et le musicien. · La résidence artistique a également un effet de formation continue pour les enseignants, à travers la réalisation de projets artistiques au sein de l’école, on voit à nouveau des enseignants qui jouent, ils ont du temps pour cela. Chance supplémentaire d’épanouissement de la musique.
Ø Mise en évidence des problèmes et des besoins.
· Nécessité du soutien des élus sur le territoire. Sans volonté politique rien n’est possible, surtout dans les petites communes à cause du nouveau processus de décentralisation. · Il y a dichotomie entre le métier d’enseignant et celui de musicien. Ce sont deux métiers différents et cela peut poser problème : il est difficile de continuer à développer l’un et l’autre. · On retrouve cette différence dans les projets des élèves : il ya de plus en plus une demande de loisirs et toujours une voie professionnalisante. Cependant une seule filière répond à ces deux demandes. Cloisonnement institutionnel visible au niveau de l’Etat : « Ministère de la Culture » d’un côté, « Jeunesse et Sports » de l’autre. · Les petites écoles associatives qui répondaient autrefois à ce besoin de « loisir amateur », se trouvent en difficulté, par une « mise en concurrence » des structures institutionnelles. Même si des conventions sont signées entre association et conservatoires. · Pour créer le « goût du jazz », il est absolument nécessaire de lier formation et découverte. Sur le terrain c’est encore trop souvent dépendant de quelques volontés individuelles.
Ø Constats / pistes pour des solutions : la professionnalisation, cœur de cible pour le Ministère.
· La notion d’insertion professionnelle dans le domaine de la Musique est un concept difficile à identifier. On aurait tout bénéfice à s’inspirer du modèle du Théâtre : les élèves de l’E.N.S.A.T.T sont désormais accueillis et professionnalisés par le T.N.P qui leur propose d’intégrer une troupe. A la sortie du C.N.S.M.D, on peut être soit enseignant soit musicien d’orchestre classique : il y a beaucoup moins de Big Bands subventionnés que de théâtres subventionnés !
2. LE REPERAGE ET LA DIFFUSION
La difficulté de la diffusion est due à un certain enfermement des médias. Le jazz est une musique qui s’écoute en « live », réservée traditionnellement à des mélomanes. Il existe un besoin constant de formation d’un public nouveau. Il est nécessaire que des professionnels s’engagent à la conquête de ce public. Et cela passe aussi par le soutien aux musiciens, au risque de ne pas toujours remplir les salles ! Les programmateurs ont une responsabilité.
Ø Mise en évidence des problèmes et des besoins. · Il n’existe pas suffisamment dans la Région de petits lieux permanents : c’est en permettant aux musiciens de pratiquer la musique sur scène, que celle-ci continue à vivre. · La disparition annoncée du disque, des maisons d’édition, pose un problème de médiation entre les artistes et le public. Les tourneurs et managers ont une lourde responsabilité. Pourquoi les réseaux de diffusion ne s’ouvriraient-ils pas à ces acteurs à part entière de la médiatisation ? · Les très grosses structures de diffusion comme les S.M.A.C, repérées comme organes fédérateurs des Musiques Actuelles, sont privilégiées par les subventionneurs au détriment certain des petits lieux. Or, le jazz est très peu présent sur ces grandes scènes : ou bien les musiciens sont réticents pour y aller, ou bien les programmateurs manquent de connaissances dans cette esthétique. On n’a pas encore vu un membre de réseau jazz solliciter la direction d’une S.M.A.C. Celles-ci, en outre, répondent également à une demande des élus locaux, elles sont un dispositif de maillage du territoire.
Ø Exemples d’autres dispositifs : quelques solutions / leurs limites. · Les sociétés civiles comme la S.A.C.E.M par exemple, offrent des voies intéressantes pour la composition, la création ou encore les résidences. Il est nécessaire de connaître ces dispositifs. · Les institutions affinent à présent les critères d’attribution de subvention en considérant aussi la demande du public. Ceci dit, pour obtenir une aide encore faut-il la solliciter ! · Nous manquons cruellement de propositions innovantes. Le témoignage de la Librairie MUSICALAME, est fort intéressant sur ce plan. Seule de ce genre en Europe, elle offre littérature musicale, musiques enregistrées et musiques vivantes dans un même lieu, décloisonnement total de toutes les musiques à la rencontre de tous les publics possibles.Le jazz y est naturellement présent – plus de 150 ouvrages sur 5000 titres, pour 15% du chiffre d’affaires à lui seul … réjouissant finalement, même si les musiciens et les enseignants ne sont pas les clients les plus assidus ! · De nouveaux médias spécialisés dans le jazz existent sur le web, sous la forme, par exemple de jazz-letter.com, très actif vraiment réactif aux événements en région. Plus de 2000 abonnés sont informés chaque semaine. La Région Rhône-Alpes développe actuellement un projet de web-télé consacrée à la culture. Sortie prévue début 2008. · Plusieurs exemples régionaux ou nationaux montrent que la mise en réseau est une stratégie intéressante. « Il est vital de se regrouper pour tout mettre en commun et défendre la musique qu’on aime ! » o Le REZZO, inspiré du Printemps de Bourges, permet d’organiser une tournée nationale, au lauréat du tremplin de jazz à Vienne. Il offre en outre, un outil au groupe : la réalisation d’un disque promotionnel. Il est associé à Suivez’Le jazz. o La F.S.J, fédère des salles de diffusion dédiées au jazz, à travers des manifestations communes sur tout le territoire. o A.G.A.P.E.S à la Salle Genton, propose son équipement aux groupes innovants, aux formations émergentes et une aide à la professionnalisation. o Depuis près de 18 ans, l’engagement des membres de Suivez’Le Jazz porte non seulement sur la programmation mais également sur une aide financière accordée au lauréat, ainsi qu’un outil promotionnel. Par l’intermédiaire des Tremplins annuels, ils aident la diffusion de jeunes projets. Sans eux, le public des salles pluridisciplinaires, n’aurait pas accès à ces concerts. Avec pour limite neuf scènes régionales situées dans le Rhône, la Loire et l’Isère. Pas de circuit national, mais un groupe en extension. o L’A.M.D.R.A étudie actuellement un projet de plateforme musicale sur internet pour présenter tous les artistes rhônalpins. L’Agence aura besoin des relais professionnels pour faire vivre ce site. La part la plus importante du budget de ces structures, subventionnées, aidées par les sociétés civiles, le mécénat ou autofinancées, est dédiée aux frais artistiques, à toutes les obligations sociales et à la communication. Il est difficile ensuite de pérenniser des postes de salariés, on compte souvent sur des emplois précaires voire sur le bénévolat.
3. TEMOIGNAGES DES MUSICIENS
· Le jazz est dans une position ambigüe : il n’a pas les siècles d’existence de la musique classique mais pour autant n’est plus une musique à la mode. Il y a une difficulté à faire vivre cette musique, l’aider à se maintenir et surtout à se renouveler. Au cours des décennies, elle a pu se croiser avec d’autres territoires musicaux, cela doit continuer. · Les actions de type TREMPLIN, aident c’est certain, les artistes ont besoin de se faire connaître et d’accéder à des scènes pour jouer tout simplement. · Etre repéré cela donne confiance. · Les actions régionales ne sont pas suffisantes, il faut élargir les réseaux au territoire national, susciter des partenariats, des alliances. · C’est intéressant d’expérimenter en situation l’insertion professionnelle, mais ensuite on se retrouve tout seul. · L’accompagnement devrait s’installer dans le temps. Une fois qu’on a été repéré, il y a encore du travail à accomplir ! · Il n’y a pas que la diffusion qui aide les formations retenues : l’aide à la coproduction offerte par Suivez’Le Jazz par exemple, permet de répondre à des propositions de situations variées ainsi, Dr Lester jouant à la prison de Villefranche s/Saône, ou en résidence pour des interventions en milieu scolaire, d’avoir l’occasion d’inviter un artiste connu à jouer avec nous. On peut aller jusque là, comme l’a fait l’Amphi de l’Opéra, lieu de rencontre entre artiste chevronné et jeunes musiciens.Etre lauréat apporte un bénéfice musical, un bénéfice de communication et d’image. · Les musiciens débutants ont besoin d’outils de diffusion (support disques, vidéos, scènes etc...) mais ils ont également besoin de tourneurs, de managers capables de prendre des risques avec eux, et cela est plus compliqué ! Dans le jazz c’est bien le lien entre tous les métiers qui va permettre à un projet d’être soutenu jusqu’à sa réalisation et au-delà. C’est une dynamique nécessaire. · Les moyens sont limités pour les réseaux de diffusion et d’accompagnement, cela oblige à faire des choix. Il est impossible d’empiler les accompagnements au-delà d’un an, un réseau régional, faute de se fédérer à d’autres réseaux, ne peut jouer qu’un rôle d’initiateur et d’incitateur. · Les musiciens aussi réunissent de plus en plus leurs forces en créant des collectifs qui les rendent plus lisibles tels l’A.R.F.I, La Tribu Hérisson ou le Grolektif.
EN CONCLUSION…
Dans le paysage actuel, national et régional, le spectacle vivant en général, la musique et le jazz en particulier rencontrent de nombreuses difficultés pour toucher de nouveaux publics.Il est évident que des réponses sont encore à inventer, de nouvelles logiques à imaginer. · Mais rien ne se fera sans l’école, celle qui éveille la curiosité. · Rien non plus sans la mutualisation des énergies, celles qui mobilisent autour d’un projet commun le public, les artistes, les programmateurs et les différents financeurs. · Fédérer les initiatives de 3 grandes régions comme Bourgogne, PACA et Rhône-Alpes permettrait de toucher 70% des scènes nationales. · Renforcer les partenariats entre le jazz et les grandes scènes conventionnées pour renforcer l’intérêt des labels, des festivals, des tourneurs.
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